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LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT / COLLECTIF DES VOSGES

Généralisation du service civique : relevons le défi

publié le 19-04-2016

À l’occasion de ses vœux à la jeunesse, le président de la République a réaffirmé son attachement au développement d’une « culture de l’engagement », un an après la grande manifestation républicaine du 11 janvier 2015. Au cœur de ses annonces : la « généralisation » du service civique et la mise en œuvre d’un « parcours citoyen », conduites par un « haut-commissariat à l’engagement ».

Les événements tragiques de l’année 2015 ont révélé, par l’ampleur de la mobilisation qu’ils ont générée,  un très fort « besoin de fraternité » de la part de nos concitoyen-ne-s. Le débat politique s’est beaucoup focalisé sur le rôle des jeunes dans la résolution de cette tension, perçus comme « moins civiques » par les uns, porteurs de solutions innovantes par d’autres. Dans l’émotion collective, certains ont même regretté la suspension du service national, dont on oublie un peu vite qu’il ne concernait que les jeunes hommes et qu’y échapper était devenu un sport national. Il serait pourtant trop facile de faire porter cette responsabilité sur les seules épaules des jeunes générations. Dans quelles conditions, et avec quels moyens, notre société accorde-t-elle à sa jeunesse le rôle social qu’elle en attend ?
C’est la réflexion à laquelle le président de la République a convié la société civile et les pouvoirs publics dans ses vœux à la jeunesse et aux forces de l’engagement du 11 janvier dernier : tout en consacrant le caractère volontaire du service civique, le chef de l’État a appelé de ses vœux une meilleure articulation des dispositifs au sein d’un « parcours citoyen » qui contribue à renforcer « une société de l’engagement ». Quatre étapes baliseraient ce parcours : engagé au sein de l’école chargée de la mise en œuvre du nouvel enseignement moral et civique, il se poursuivrait par la participation à la Journée Défense et citoyenneté dans un format et un contenu revisités, la remise d’un « livret citoyen » à 16 ans, et serait prolongé par l’expérience du service civique « généralisé » et l’inscription dans la Réserve citoyenne.
La Ligue de l’enseignement s’est réjouie de cette ambition, qui va dans le sens d’une meilleure prise en compte des aspirations de nos concitoyen-ne-s – notamment des plus jeunes qui ne sont pas les « décrocheurs citoyens » dont on dresse parfois le portrait à la hâte. En particulier, la Ligue a salué l’annonce de la création prochaine d’un nouveau « haut-commissariat » chargé de sa réalisation, sous réserve qu’il soit doté d’un périmètre d’intervention et d’un budget à la hauteur des enjeux du développement d’une grande politique publique de soutien à l’engagement construite avec tous les acteurs concernés.

ACCOMPAGNER LES JEUNES DANS LEUR PARCOURS
Car l’engagement ne se décrète ni  ne s’impose, mais demande d’être accompagné et nourri : la mise en œuvre du parcours citoyen suggère de nouvelles alliances pour aider chaque jeune à relier et relire son parcours, pour lui donner du sens. Plus que de compléter un livret, il s’agit d’articuler les expériences scolaires, les engagements personnels et associatifs, en lien avec tous les acteurs concernés (école, associations, famille, collectivités territoriales…). Il s’agit également de multiplier les propositions d’engagement collectif concrètes, ce que la Ligue de l’enseignement fait au quotidien en accompagnant les membres des associations sportives scolaires Usep, les Juniors Associations et les bénévoles de nos associations et clubs sportifs affiliés, en formant les jeunes à l’animation volontaire, et en accompagnant le déploiement de la Réserve citoyenne et du service civique.
C’est pourquoi nous avons favorablement accueilli l’annonce d’une « généralisation » progressive du service civique par le président de la République, qui souhaite permettre à la moitié d’une classe d’âge (soit près de 350 000 jeunes) de vivre cette expérience. Pleinement mobilisé avec plus de 13 000 engagé-e-s accueilli-e-s depuis 2010, notre mouvement est prêt à accompagner la réalisation de cet objectif : en 2015, nous avons déjà amplifié notre action pour permettre l’accès au service civique d’un plus grand nombre de jeunes. Nous restons en effet fermement convaincus qu’un déploiement massif du service civique constitue tout autant un gage de qualité et de mixité, que de reconnaissance d’un statut encore mal connu : c’est par le nombre que l’accompagnement des jeunes engagé-e-s, qui constitue une des spécificités du service civique, se renforcera ; c’est par le nombre que nous garantirons une information et des missions accessibles à toutes et tous ; c’est par le nombre que nous contribuerons à développer une nouvelle conception des parcours individuels, où l’engagement, la formation tout au long de la vie, l’emploi, cohabitent et se nourrissent les uns les autres.
Ces perspectives encourageantes, qui requièrent un échelonnement raisonnable dans le temps, posent aussi de nouveaux défis collectifs. Produit d’une collaboration réussie entre l’État et le monde associatif qui s’est fortement mobilisé, depuis sa création en 2010, pour installer sur tous les territoires cette nouvelle forme d’engagement, le développement du service civique auprès de nouveaux acteurs – y compris non-associatifs – demande la plus grande vigilance pour que soit préservée la qualité d’accompagnement des volontaires, une condition essentielle de son impact tant sur les jeunes qu’auprès des publics bénéficiaires de leur action.

REPONDRE AUX BESOINS D'UN TERRITOIRE
C’est pourquoi nous avons revendiqué, auprès de l’Agence du service civique, que cette nouvelle phase de développement s’accompagne de la mise en place d’instances territoriales partagées avec les associations, les établissements publics et les collectivités locales qui constituent l’ensemble du spectre des organismes d’accueil de volontaires. Cet espace d’échanges devient d’autant plus nécessaire pour adapter le service civique aux enjeux et spécificités de chaque territoire – comme nous avons su le faire, dans un autre champ, avec les projets éducatifs de territoire. Les enjeux ne manquent pas, qu’il s’agisse de renforcer l’offre de formation civique et citoyenne des volontaires et la formation des tuteurs-trices ou bien de démultiplier les événements fédérateurs avec les engagé-e-s et leurs structures d’accueil.
L’accompagnement des nouveaux acteurs engagés dans le service civique demande aussi un réel investissement pour ne pas sacrifier la qualité au nombre : aussi plaidons-nous pour que soient réservés, sur le budget général du service civique, des moyens financiers pour permettre l’émergence, au niveau local, d’écosystèmes favorables au développement d’une offre de qualité et l’organisation du transfert d’expériences entre organismes d’accueil.

Cette montée en charge rapide questionne aussi la diversification des modalités du service civique, tout en préservant et en améliorant ce qui fonde son succès : un engagement volontaire, dense, indemnisé et accompagné, qui constitue une réelle opportunité de rencontres entre jeunes d’horizons divers. Car pour des raisons liées à leur situation personnelle, scolaire, universitaire…, certains jeunes se retrouvent de facto exclus du dispositif. Des missions plus courtes ne sauraient constituer une réponse adaptée. Plutôt que d’assigner à un statut particulier des mesures particulières, soyons prêts à engager une réflexion pour permettre l’adaptation du cadre du service civique et des missions aux réalités, forcément plus diverses, d’un plus grand nombre de jeunes et d’organismes d’accueil. Les discussions autour du projet de loi « Égalité et citoyenneté », qui sera présenté au parlement au printemps, seront l’occasion de faire valoir notre attachement à un service civique de droit commun tout en recherchant, avec les acteurs concernés, les marges de souplesse et les aménagements nécessaires au développement futur du dispositif. Bref, saisissons-nous de cette occasion pour permettre à plus de jeunes d’être acteurs de la construction de leur propre « parcours citoyen ». Plus que de transmettre les valeurs du « vivre ensemble », permettons leur de les mettre en pratique, de les expérimenter concrètement, de « faire ensemble »: plus que des dispositifs, proposons-leur de véritables outils d’intégration dans le débat
public.

Hélène Grimbelle, secrétaire nationale
de la Ligue de l’enseignement